Entre-temps, Asoka Handagama se lance dans la réalisation de son quatrième long métrage, "Flying with one Wing" ("Tani Tatuwen Piyabanna"), inspiré d’un fait divers qui avait défrayé la chronique à Sri Lanka à la fin des années 90 : le cas d’une femme vivant et travaillant sous l’apparence d’un homme afin d’échapper aux servitudes sociales. Avec ce film, Asoka Handagama aborde de manière encore plus frontale des thématiques sociales, en empruntant les canons du cinéma populaire consommé par le milieu social qu’il décrit, et au risque de dérouter le public occidental par l’apparente naïveté de la démonstration et la rugosité du style. Toutefois, ce n’est pas le fait divers qui intéresse le cinéaste (lors de la préparation du film, celui-ci n’a d’ailleurs pas cherché à rencontrer les protagonistes de l’histoire, à l’exception du médecin), mais le choc ressenti à la lecture des comptes-rendus à sensation parus dans la presse sri lankaise. Le film est pour le cinéaste la « conceptualisation » d’une émotion face à l’hypocrisie et à la violence sociale dont a été victime cette femme, émotion qu’il choisit d’exprimer en se focalisant, par le biais de la désynchronisation des dialogues et de l’image, sur les réactions plus que sur les actions des personnages.

 

Produit et tourné dans les mêmes conditions que pour "This is my Moon" (autofinancement local, to urnage en 17 jours à raison d’une trentaine de scènes chaque jour faisant généralement l’objet d’une prise unique, postsynchronisation et mixage en moins d’une semaine), "Flying with one Wing" bénéficie néanmoins de l’expérience précédente : cette fois-ci en effet, un distributeur local, Sanhinda Films, participe au financement aux côtés de Be-Positive.

Asoka Handagama dirige Anoma Janadari et Mahendra Perera

sur le plateau de Flying with one Wing

Février 2004

Présenté en première mondiale lors de la 50e édition du Festival de Saint Sébastien en septembre 2002, le film a été sélectionné par plus d’une cinquantaine de festivals internationaux et est notamment primé à Saint Sébastien, Singapour, Turin, Tokyo.

 

Entre-temps, le 24 juin 2002, une avant-première de "Flying with one Wing" a lieu à Colombo devant plus de 500 invités. Le film reçoit immédiatement de très nombreux soutiens. Quelques jours plus tard, la production est informée que la commission de censure exige la coupure de 7 scènes du film, ce à quoi Asoka Handagama s’oppose catégoriquement. A l’automne 2002, au terme d’ultimes négociations relayées par la presse et les festivals internationaux dans lesquels le film est sélectionné, il obtient finalement gain de cause : "Flying with one Wing" sort à Colombo et dans quelques autres villes de Sri Lanka, sans aucune coupure, le 26 février 2003. Il reste à l’affiche pendant plusieurs mois, totalisant plus de 450 000 entrées. Ce succès commercial s’accompagne de très violentes polémiques et attaques personnelles contre le cinéaste. "L’immoralité" du film – et du cinéaste – dénoncée par certains touche moins au thème de l’homosexualité qu’à l’hypocrisie et la violence sociales qui se trouvent ainsi démasquées. L’image – forte – d’une femme conquérant sa liberté en adoptant le comportement d’un homme, suscite la controverse, mais le cinéaste se voit surtout reprocher d’exploiter sa propre femme en l’exhibant nue dans la scène finale.

 

"Flying with one Wing" sort en France le 4 février 2004 dans une petite combinaison de 3 salles (Paris, région parisienne et province), et bénéficie, outre le partenariat de France Culture, d’une excellente couverture presse (Le Monde, Libération, Les Cahiers du Cinéma, Positif, Télérama…) qui confirme la reconnaissance du talent du cinéaste et le franchissement d’une nouvelle étape dans la poursuite de sa carrière. Le film est par ailleurs diffusé sur Channel 4 (Grande Bretagne) à l’automne 2005.

 

Retour à la télévision : "Take this Road" et "The East is Calling"

 

Une fois la production de "Flying with one Wing" achevée, Asoka Handagama renoue avec la télévision, et réalise "Take this Road", un feuilleton en 13 épisodes, d’une durée de 5h30. Empruntant à la fois au documentaire et au téléfilm dramatique dont est friand le public sri lankais, "Take this Road" exprime, à travers le destin croisé de trois familles originaires de la région de Jaffna (Nord de Sri Lanka) le douloureux retour à la paix et aux promesses de réconciliation entre les trois communautés déchirées par la guerre (Cinghalais, Tamouls et Musulmans).

 

La diffusion de "Take this Road"  en 2004, sur une chaîne privée sri lankaise, remporte un tel succès, qu’Asoka Handagama se voit proposer de réaliser une suite, également en 13 épisodes : ce sera "The East is Calling", tourné durant l’été 2005.  Entre-temps, le 26 décembre 2004 précisément, le sud de Sri Lanka a été ravagé par le tsunami. "The East is Calling" s’attache à un groupe de survivants, qui se réfugie dans un temple bouddhiste, au milieu d’une communauté improvisée regroupant Cinghalais, Tamouls et Musulmans. Alors que l’entre-aide cède rapidement à la défiance, puis à la suspicion et la haine héritées de plus de 20 ans de guerre ethnique, le film plaide pour de nouvelles solidarités forgées par l’expérience du désastre. Le nouveau succès critique et public que remporte Asoka Handagama à l’occasion de la diffusion de son téléfilm, en 2006, illustre la situation étrangement paradoxale du cinéaste dans son pays : à la fois auteur largement reconnu, libre et respecté, mais aussi craint, menacé et combattu.

 

L’épreuve "Aksharaya" ("Goodbye Mum")

 

Le 26 décembre 2004, c’est aussi le dernier jour de tournage du 5e long métrage d’Asoka Handagama, intitulé "Aksharaya" (titre anglais à l’origine : "A Letter of Fire"). Le planning de la production prévoyait ce jour-là un tournage sur une plage de la côte sud (cette scène sera d’ailleurs supprimée au montage). C’est à une contrainte logistique, obligeant à avancer le tournage de la scène de quelques jours, que l’équipe doit d’avoir échappé au désastre.

 

Le projet remonte à mars 2004, date à laquelle Asoka Handagama achève l’écriture du scénario. Un protocole d’accord est signé entre les producteurs locaux (Sanhinda Films, Be-Positive),  un producteur suisse, et Héliotrope Films, en charge de la distribution internationale. Le projet fait immédiatement l’objet d’une demande d’aide à la production auprès du Fonds Sud. Sur avis favorable de la commission du 27 août 2004, une aide, d’un montant de 120 000 €, est confirmée en octobre. Toutefois, suite à des divergences d’approche avec le cinéaste, le partenaire suisse se désengage du projet, et c’est Héliotrope Films qui reprend la coproduction européenne, ainsi que la production exécutive du film en France. Depuis octobre 2004, date de signature de l’accord de production, Héliotrope Films détient 50% du négatif et tous les mandats internationaux (hors Sri Lanka). Toutefois, compte tenu du désengagement de la partie suisse, le budget de production est drastiquement revu à la baisse, notamment par le renoncement à la prise de son direct (le film sera entièrement postsynchronisé).

 

Le tournage démarre le samedi 27 novembre 2004, avec la réalisation des séquences vidéo dans la zone hyper sécurisée du centre historique de Colombo, proche du palais présidentiel. Il se poursuit jusqu’au 26 décembre 2004, à Colombo et à Kalutara (sud de Sri Lanka). Une première phase de post-production démarre dans le climat traumatisant de l’après tsunami, à Singapour (où est développé le négatif) et Colombo (où le film est postsynchronisé, et un premier montage de 136 mn réalisé), puis à Paris pour le mixage et la postproduction 35 mm. La copie 1 de ce premier montage est livrée en juin 2005. Le négatif du film reste stocké à Paris. A L’automne 2005, une deuxième copie, sous-titrée en anglais, est tirée pour des projections aux festivals de San Sebastian et de Tokyo, avant d’être transférée à Colombo pour l’obtention du visa d’exploitation à Sri Lanka. Dans le même temps, l’équipe de production réfléchit à la réalisation d’un nouveau montage.

 

Le 19 mars 2006 a lieu une avant-première à Colombo, sous le titre Aksharaya (A Letter of Fire), en clôture du Festival du Film Francophone, co-organisé par les ambassades de France, du Canada, de Roumanie, de Suisse et de Belgique. Peu de temps après, le film obtient son visa d’exploitation à Sri Lanka, délivré par l’autorité de tutelle (le "Public Performance Board"), avec la mention "Adults only". Mais après avoir visionné une copie vidéo du film avec quelques autres responsables gouvernementaux, le ministre de la Culture sri lankais déclare à la presse qu’il s’oppose à la sortie du film, en dépit du visa accordé : « Peu importe les textes de lois.  En tant que ministre, je dois vérifier si le film porte atteinte à notre culture et aux valeurs de notre société. Si j’ai tort, qu’ils portent l’affaire en justice. De toute façon, nous ne permettrons jamais à ce film d’être montré ici » .

 

Débute alors, en avril 2006, une longue campagne de presse où s’affrontent les partisans de la liberté d’expression et les tenants du conformisme moral  et social, sur fond de conflit politique : le film est violemment attaqué pour avoir abordé frontalement des tabous sociaux, mais aussi pour avoir porté atteinte à l’image de la justice (le personnage de la mère incestueuse étant magistrat). Le 18 avril 2006, sous la pression, le "Public Performance Board" informe Asoka Handagama qu’il doit lui retirer le visa d’exploitation et récupérer la copie du film. Le 20 avril, le bureau de la Protection de la Femme et de l’Enfant (un organisme gouvernemental) porte plainte contre Asoka Handagama sur la base d’une dénonciation anonyme. Le cinéaste est poursuivi pour violence sexuelle exercée sur un enfant. Les plaignants, téléguidés par un juge d’instruction proche du ministère, appuient leurs allégations sur une scène du film, dans laquelle la mère et l’enfant prennent un bain ensemble. Du matériel est saisi, divers collaborateurs du film sont convoqués par la police : le jeune acteur accompagné de sa mère, l’actrice principale, le directeur de la photographie, le monteur, le maquilleur et les deux coproducteurs sri lankais. Leurs témoignages disculpent le cinéaste, les poursuites seront abandonnées au bout de quelques semaines, tandis que la polémique autour de la censure du film s’amplifie.

 

L’affrontement politique qui s’enfle autour du film est rapporté par la presse étrangère, notamment en France (dépêche AFP du 28/04/06, Variety, Cahiers du Cinéma, Positif, Charlie Hebdo…) A Sri Lanka, une pétition en faveur du film est signée par nombre de cinéastes (dont le vétéran du cinéma sri lankais, Lester James Peries), d’artistes et d’intellectuels. Un site de soutien est mis en ligne (www.aletteroffire.info). Asoka Handagama intente alors un procès auprès de la Cour Suprême, pour contester la légalité de la décision ministérielle. Il est l’objet de nombreuses attaques dans la presse et sur le web. Compte tenu de son indisponibilité et des menaces pesant sur le cinéaste, la réalisation du nouveau montage est reportée sine die.

 

En juillet 2007, après de multiples reports d’audience d’un trimestre à l’autre, la Cour Suprême rend son jugement, qui enjoint le "Public Performance Board" de retirer le visa d’exploitation accordé en avril 2006. En concertation avec Asoka Handagama, Héliotrope Films, copropriétaire du matériel, notifie une fin de non recevoir préventive à toute demande de restitution du matériel préservé à Paris. En septembre 2007, le jugement de la Cour Suprême est exécutoire : le visa d’exploitation est retiré, et l’interdiction définitive du film est prononcée.

Après une période de découragement, Asoka Handagama se concentre à nouveau sur le nouveau montage du film, sous le titre "Goodbye Mum" (titre retenu initialement en phase de pré-production). Le cinéaste donne son accord à Héliotrope Films pour que ce nouveau montage soit réalisé par une équipe française (Gilles Volta et Jérôme Bouyer), qui travaille sur le film à partir de février 2008. Il supervise et valide le nouveau montage lors d’un séjour à Paris, en juin. Après d’ultimes retouches en octobre 2008, cette version définitive, d’une durée de 1h30, est prête pour la deuxième phase de post-production. Mais faute de financement, cette phase est retardée. Ce n’est qu’à partir de 2010 que la post-production redémarre, pour une livraison prévue courant 2012.

 

Entre-temps, Asoka Handagama se partage entre ses responsabilités à la Banque Centrale de Sri Lanka, et la préparation d’une comédie familiale destinée à tourner la page et reprendre contact avec le public. Ce film, intitulé VIDHU, sort au Sri Lanka en décembre 2010, et remporte un grand succès public. Il obtient ainsi les moyens d’entreprendre un nouveau projet personnel, INI AVAN, qui aborde le sujet extrêmement sensible de l’après-guerre dans le nord du pays naguère sous contrôle des Tigres Tamouls...

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